DPE 2026 : la réforme qui reclasse 7 millions de logements au 1er janvier

Des logements BBC neufs, parfaitement isolés et chauffés à l'électricité, affichaient pourtant un DPE en classe D ou E. Ce paradoxe pénalisait des millions de propriétaires depuis des années, en contradiction totale avec les ambitions de décarbonation de la France. La réforme entrée en vigueur le 1er janvier 2026 corrige enfin cette anomalie de calcul, en abaissant le coefficient de conversion de l'électricité de 2,3 à 1,9.

TL;DR : Cet article en bref

  • 7 millions de logements gagnent automatiquement au moins une classe énergétique grâce au nouveau coefficient de conversion de l'électricité (2,3 → 1,9), selon le Ministère de la Transition énergétique (2025).
  • 850 000 passoires énergétiques (F ou G) sont requalifiées en E ou mieux sans aucuns travaux, repoussant leur interdiction de location au-delà de 2028.
  • Aucune obligation de refaire votre DPE : le nouveau coefficient s'applique automatiquement sur tout diagnostic émis après le 1er janvier 2026, même si votre ancien document reste valide.

Pourquoi le DPE changeait-il absolument en 2026 ?

Chaque kilowattheure électrique consommé était multiplié par 2,3 pour calculer la consommation en énergie primaire du logement : ce coefficient datait d'une époque où l'électricité française reposait encore largement sur des centrales à flamme, bien plus émettrices de CO2 que le réseau actuel.

En 2026, cette réalité appartient au passé. Selon le bilan prévisionnel de RTE (Réseau de Transport d'Électricité), 67 % du mix électrique français provient désormais du nucléaire et des renouvelables, deux sources à très faible empreinte carbone.

Appliquer un coefficient calibré pour un parc de production obsolète revenait à pénaliser injustement des millions de logements performants. Cette correction à 1,9 s'inscrit dans la même logique que les autres ajustements réglementaires périodiques que suivent de près les bailleurs, comme l'indice de révision des loyers.

Le mix énergétique français continuera d'évoluer à mesure que le parc nucléaire se renouvelle et que les renouvelables progressent. Nous anticipons que le coefficient de conversion de l'électricité pourrait être revu une nouvelle fois d'ici 2030. Nous vous recommandons de suivre les publications de RTE et de l'ADEME pour anticiper ces ajustements avant qu'ils n'impactent la valeur de votre patrimoine immobilier.

Du coefficient 2,3 au 1,9 : ce qui bascule dans le calcul

Le DPE distingue l'énergie finale (ce que consomme réellement votre logement) de l'énergie primaire (ce qu'il faut produire en amont pour livrer cette énergie). C'est le coefficient de conversion qui fait le lien entre les deux, et c'est précisément lui qui vient d'être abaissé pour l'électricité.

Le calcul se déroule en 3 étapes :

  1. Le diagnostiqueur mesure la consommation réelle du logement en énergie finale, exprimée en kWh/m²/an.
  2. Ce chiffre est multiplié par le coefficient : 100 kWh électriques donnaient 230 kWh d'énergie primaire avec le coefficient 2,3 ; ils n'en donnent plus que 190 avec le coefficient 1,9, soit une baisse de 17 %.
  3. La consommation en énergie primaire ainsi obtenue est comparée aux seuils de chaque classe (A à G) pour attribuer l'étiquette DPE.

Ces 40 kWh d'écart sur chaque tranche de 100 kWh électriques peuvent sembler anodins, mais ils suffisent à faire basculer des millions de logements sous le seuil de la classe supérieure.

7 millions de logements concernés : êtes-vous dans le lot ?

La réforme ne touche pas tous les logements de manière uniforme. Elle cible exclusivement ceux dont le chauffage repose sur l'électricité, et c'est précisément le profil de 91 % des 7 millions de résidences principales reclassées. La France compte plus de 12 millions de logements chauffés à l'électricité, dont beaucoup affichaient un DPE structurellement sous-évalué à cause de ce coefficient obsolète.

Et ce n'est pas tout. La réforme se concentre géographiquement dans les zones où le tout-électrique est historiquement dominant : l'Île-de-France avec ses nombreux appartements collectifs équipés de convecteurs, mais aussi la région PACA et Auvergne-Rhône-Alpes avec une forte proportion de maisons individuelles construites après 2000. Si votre logement se situe dans l'une de ces régions et qu'il est chauffé à l'électricité, la probabilité de gagner une classe est très élevée.

Pour évaluer rapidement si votre logement sera impacté sans refaire de diagnostic, cherchez dans votre DPE actuel la mention du "coefficient de conversion en énergie primaire" associé à l'électricité. S'il affiche 2,3, votre logement bénéficiera du nouveau calcul sur tout DPE émis après le 1er janvier 2026. Un diagnostiqueur certifié peut vous donner une estimation préliminaire en quelques minutes, sans frais immédiats.

Les profils de logements qui gagnent une classe

Les logements les plus susceptibles de progresser d'une classe suivent tous le même profil : chauffage électrique dominant et construction conforme aux réglementations thermiques en vigueur lors de leur édification. Voici les 4 typologies les plus fréquemment concernées sur le terrain :

  • Appartement BBC construit en 2015 avec chauffage électrique direct : passage de la classe D à la classe C
  • Maison individuelle RT2012 équipée d'une pompe à chaleur : passage de la classe E à la classe D
  • Logement collectif avec chauffage électrique direct et isolation standard des années 2000 : passage de la classe F à la classe E
  • Studio neuf avec isolation minimale réglementaire et chauffage électrique : passage de la classe G à la classe F

Quelques cas particuliers qui ne bougent pas...

La réforme est rigoureusement limitée à l'électricité. Pour les logements chauffés au gaz, au fioul ou au bois, rien ne change dans le calcul du DPE, et améliorer la classe de ces biens passera nécessairement par d'autres leviers, notamment la rénovation thermique ou une révision du statut de bailleur privé.

⚠️ Chauffage au gaz, au fioul ou au bois : aucun impact de la réforme 2026. Le coefficient de ces énergies reste inchangé, et le classement DPE ne bouge pas.

⚠️ Logement avec double source d'énergie (électricité et gaz) : l'impact est partiel et calculé au prorata de la part électrique dans la consommation totale. Un gain de classe reste possible, mais souvent limité.

⚠️ Passoire structurelle avec une isolation très défaillante : même avec le nouveau coefficient, la consommation en énergie finale reste trop élevée pour franchir un seuil de classe. La réforme ne compense pas des lacunes d'isolation profondes.

Impact propriétaires et bailleurs : ce qui change vraiment

Selon une étude du CGDD (Commissariat général au développement durable, 2025), 850 000 logements classés F ou G basculent en E ou mieux grâce à la réforme. Pour les propriétaires-bailleurs concernés, c'est un soulagement concret en pleine montée des contraintes réglementaires sur la location des passoires thermiques.

La conséquence la plus immédiate porte sur l'agenda des interdictions de location. Les logements qui passent de F à E, ou de G à F, gagnent entre 3 et 5 ans de répit avant d'être concernés par les prochaines échéances réglementaires.

Pour un bailleur qui réfléchit à un investissement locatif dans l'ancien, ce délai supplémentaire peut transformer radicalement le calcul de rentabilité d'un bien en dessous de l'investissement espéré.

Les 850 000 passoires requalifiées

Ces 850 000 logements représentent une économie potentielle de 15 000 à 25 000 euros de travaux par propriétaire (estimations CGDD, 2025). La requalification repousse l'échéance d'interdiction de location et libère du temps pour planifier des rénovations à son propre rythme, sans urgence imposée.

Et pour les obligations de location ?

Le calendrier légal des interdictions reste inchangé dans ses dates, mais la réforme en réduit considérablement le périmètre effectif. Voici l'état des lieux après requalification :

Classe DPEInterdiction de locationImpact de la réforme 2026
GInterdite depuis 2023Environ 300 000 logements requalifiés en F ou E
FInterdite à partir de 2028Environ 550 000 logements requalifiés en D ou E
EInterdite à partir de 2034Impact faible, quelques gains de classe vers D

Le DPE en vigueur au moment de la mise en location fait foi : si vous avez refait votre diagnostic après le 1er janvier 2026, c'est la nouvelle classe qui s'applique pour l'appréciation des interdictions.

Faut-il refaire son DPE en 2026 ?

La réponse courte est non, si votre DPE a été réalisé après le 1er juillet 2021. Selon Service-Public.fr (consulté en 2026), votre diagnostic conserve sa pleine validité de 10 ans et reste juridiquement opposable pour une vente ou une mise en location. Tout nouveau DPE émis après le 1er janvier 2026 intègre automatiquement le coefficient 1,9, sans aucune démarche de votre part.

Pourtant, il existe des situations précises où commander un nouveau diagnostic devient un investissement stratégique :

Sans nouveau DPE Votre DPE de 2023 classé F reste valide jusqu'en 2033, mais il bloque votre mise en location à partir de 2028. Vous restez également exclu de certaines aides à la rénovation conditionnées à un saut de classe énergétique.

Avec un nouveau DPE en 2026 Votre logement peut être requalifié en E dès aujourd'hui si son chauffage est électrique. La mise en location reste possible jusqu'en 2034, et l'accès aux aides MaPrimeRénov' élargies devient accessible. Si vous souhaitez ensuite rénover votre logement pour aller encore plus loin dans la performance, ce nouveau DPE sert de point de départ officiel pour les travaux subventionnés.

Un nouveau DPE coûte entre 100 et 250 euros selon la surface et la localisation du bien. Si votre DPE actuel vous classe F ou G avec un chauffage électrique, le retour sur investissement est quasi immédiat : une requalification en E repousse l'interdiction de location de 6 ans et peut débloquer des droits aux aides à la rénovation. Nous vous recommandons de demander une simulation à un diagnostiqueur certifié avant toute décision.

FAQ : Tout savoir sur la réforme du DPE en 2026

Mon DPE actuel devient-il caduc au 1er janvier 2026 ?

Non, votre DPE garde toute sa validité juridique, à condition qu'il ait été réalisé après le 1er juillet 2021. La réforme modifie le coefficient appliqué aux nouveaux diagnostics émis à partir du 1er janvier 2026, mais elle n'invalide en rien les DPE existants. Votre document reste pleinement opposable pour une vente ou une mise en location, sans aucune mise à jour obligatoire à prévoir de votre côté.

Comment savoir si mon logement va gagner une classe énergétique ?

Le signe le plus fiable est votre mode de chauffage principal. Si votre logement est chauffé à l'électricité, la probabilité de bénéficier de la réforme est très élevée. Pour une réponse précise, repérez dans votre DPE actuel la consommation en énergie finale liée à l'électricité (en kWh/m²/an) : un diagnostiqueur certifié peut recalculer votre classe avec le coefficient 1,9 en quelques minutes, souvent sans frais immédiats pour une simple estimation.

Le nouveau coefficient s'applique-t-il aussi au gaz et au fioul ?

Non. Le coefficient 1,9 est exclusivement réservé à l'électricité. Les coefficients de conversion du gaz naturel (1,0), du fioul (1,0) et du bois (0,6) restent inchangés depuis la réforme. Un logement chauffé uniquement à ces énergies ne verra donc aucune évolution de son classement DPE avec la réforme entrée en vigueur au 1er janvier 2026.

Puis-je demander un nouveau DPE gratuitement en 2026 ?

Non. La réalisation d'un nouveau DPE reste une prestation payante, facturée entre 100 et 250 euros selon le diagnostiqueur et la surface du logement. Aucun dispositif public de mise à jour gratuite n'est prévu. Le nouveau coefficient s'applique automatiquement sur les diagnostics commandés après le 1er janvier 2026, mais il ne génère pas de révision rétroactive des DPE déjà émis.

La réforme impacte-t-elle les aides à la rénovation (MaPrimeRénov') ?

Oui, indirectement. Plusieurs dispositifs MaPrimeRénov' sont conditionnés à un saut de classe ou à un niveau de performance minimal. Un logement qui passe de F à E grâce à la réforme peut ainsi accéder à des financements qui lui étaient auparavant inaccessibles. Par ailleurs, la taxe foncière peut être allégée dans certaines communes pour les propriétaires qui engagent des travaux de rénovation énergétique, ce qui s'articule bien avec une stratégie de valorisation du bien.

Un logement classé G peut-il passer directement en C avec la réforme ?

Non. La réforme génère généralement un gain d'une seule classe énergétique. Un saut de 2 classes ou plus reste exceptionnel et suppose des travaux de rénovation thermique. Un logement "passoire profonde" présentant une isolation très défaillante conservera une classe F ou G malgré le nouveau coefficient : son problème est structurel et dépasse largement la seule question du mode de chauffage.

📚 Sources
  • Ministère de la Transition énergétique (2025) : Nouveau mode de calcul du DPE au 1er janvier 2026, abaissement du coefficient de conversion de l'électricité de 2,3 à 1,9
  • CGDD, Commissariat général au développement durable (2025) : Impact de la réforme DPE 2026, 7 millions de logements reclassés dont 850 000 passoires énergétiques requalifiées
  • Service-Public.fr (consulté en 2026) : Validité des DPE réalisés avant le 1er janvier 2026 et application automatique du nouveau coefficient
  • RTE, Réseau de Transport d'Électricité : Bilan prévisionnel 2026, mix énergétique français à 67 % nucléaire et renouvelables
Écrit par Camille Durrieu
Rédactrice en chef Immobilier et Lifestyle Basque